• Guinayre Claude et Jean

    Claude et Jean Guinayre

     La croix a été faite par Claude GUINAYRE fils de Jean GUINAYRE de Verdonnet

     érigée à leur dévotion ???mee dans l’année 1755.

     

     

    DESCRIPTIF

    •  Adresse : Dans le village de Verdonnet – Rue des Tierces sur la petite place de l’église, près de la porte du cimetière.  
    •  Etat de conservation : Bon. Restauration visible.
    •  Monument : Socle et colonne de forme géométrique. Colonne ouvragée Croix : sans ornement. 

    N.B : Croix certainement déplacée : Dans l’excellent livre «Laignes et son canton» de MM MILLOT et MAGANA, une carte postale datée de 1919 montre l’église encadrée par les portes du cimetière mais aucune croix de dévotion n’apparaît.

     

     CHRONIQUE

    Jean GUINAYRE est né à une époque secouée par les complots et les guerres de religion. Nous connaissons cette page d’histoire à travers les leçons que nous apprenions à l’école studieusement penchés sur nos livres ouverts sur des pupitres de bois sentant bon la cire d’abeille. Le cinéma s’est emparé de cette époque pour créer des films historiques et d’aventures qui ont bercés notre jeunesse et occupés nos jeux… Aujourd’hui nous ne pouvons qu’imaginer cette époque alors que Jean GUINAYRE l’a vécu. Les registres paroissiaux ont traversés les siècles pour atterrir, au XXI éme siècle, sur nos écrans d’ordinateur et Jean est là, qui nous attend, tout empoussiéré du temps qui passe. Et, il nous raconte ….

    En l’an de grâce 1688 le cinquième jour de Septembre, j’ai été est baptisé à Verdonnet alors âgé de deux jours. Je suis le fils d’Etienne GUINAYRE laboureur et de Barde DELINOTTE.

    Mes parents, c’est bien miracle qu’ils aient survécu !  A l’heure de la veillée, le craquement du feu de l’unique pièce à vivre  se joint au récit de mon père qui raconte ses souvenirs. Il se rappelle de son père (mon grand-père) qui rentrait du labour la mine creusée de fatigue et assombrie par le souci car le grain, s’il avait échappé à la pourriture d’un temps trop humide, ne donnerait pas la récolte espérée : à peine de quoi nourrir sa famille et la faim, moi, me tenaillait le ventre. Faut dire que la Bourgogne est gravement touchée et beaucoup sont morts de faim ou de mal nutrition à tel point que des troubles éclatent un peu partout. On chaparde, on mendie. Poussé à la dernière extrémité on abandonne des enfants qu’on ne peut plus nourrir. Au mieux on s’embusque le long des voies de passage en espérant délester quelques voyageurs imprudents, au pire on envoie les plus récalcitrants rejoindre le royaume des cieux. Les marchands ambulants apportent des nouvelles effroyables : la peste à frapper un peu plus au sud-est et les épidémies de choléra, de typhus et de variole totalisent déjà un million de morts.

    Mon père se souvient…il avait 7 ans : C’était le point culminant de la Fronde. Dix ans plus tard, une terrible famine ravage à nouveau le royaume. En Bourgogne les épidémies de dysenterie et de pourpre font chuter la population de façon vertigineuse. Les mariages et les naissances s’effondrent.

    Bossuet alarme le Roi : « Ils meurent de faim ; oui, Messieurs, ils meurent de faim dans vos terres, dans vos châteaux dans les villes, dans les campagnes.. »

    Certes mon père était laboureur, ce qui lui assurait une bonne place dans la hiérarchie paysanne mais il devait payer un lourd tribut en impôts et autres prélèvements au seigneur du lieu.

    Et puis, j’ai rencontré votre mère, une jolie damoiselle de Savoisy : Marie JOLIVET, fille du Claude JOLIVET et de la Nicolle GALOSEAU que j’épouse le 19 Avril 1723.

    Avec votre mère, j’ai suivi l’affaire des poisons qui a mis tout le royaume en émoi. J’ai appris la signature de l’Edit de Nantes qui établit comme seule religion, la religion catholique et qui va, une nouvelle foi, donner lieu à toutes sortes d’exactions. C’était trois ans avant ma naissance.

    Maintenant, les braises rougeoyantes de l’âtre éclairent à peine la petite pièce. Il est temps d’aller dormir… 

    Moi, Claude GUINAYRE, fils de Jean GUINAYRE et de Marie JOLIVET, je suis le dernier né d’une nombreuse fratrie. Le 25 Avril de l’an de grâce 1734, j’ai été baptisé sur les fonds baptismaux de l’église de Verdonnet alors âgé de deux jours.

    A peine âgé de 20 ans, je sculpte dans la pierre de taille une croix monumentale haute de 10 pieds dédiée à mon père et tant que j’y suis, j’y associe mon nom. Je commence par sculpter de fins creusets sur la moitié de la colonne puis je termine moitié supérieure par des creusets plus profonds et plus larges. J’agrémente son sommet par de petites sculptures décoratives et j’esquisse sur chacun des bras de la croix des choux bourguignons. Je sais bien qu’il me faudra une vie entière avant de maîtriser mon art mais je suis assez heureux du résultat : je n’ai que 20 ans !

    P.S : Une des difficultés dans mes recherches a été les multiples orthographes du nom de famille : GUINAIRE, GUINERRE, GUIGNAIRE, GUINARE, GUIGNARD…

     

     

     


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